La soutenabilité ouvre de nouveaux sujets de dialogue en accompagnement et en orientation, mais ceux-ci ne constituent pas un « contenu écologique » à ajouter, mais ils prolongent des questions déjà centrales en orientation – le travail, le sens, les valeurs, les conditions concrètes d’une vie digne.
Un premier espace d’échange concerne les transformations du travail : évolution des métiers, montée en compétences « vertes », disparition de certains secteurs, restructurations liées à la transition “verte”. Cette mise en perspective aide les personnes à comprendre que leur projet s’inscrit dans un monde en transformation, et à clarifier ce que ces changements éveillent (peurs, envies, opportunités).
Un second espace porte sur le sens et les valeurs. En questionnant ce qui compte vraiment pour la personne, on peut élargir la réflexion vers ce que le monde attend et ce à quoi l’on souhaite contribuer. Ce déplacement, au cœur du modèle de l’Ikigai par exemple permet de relier aspirations personnelles et besoins collectifs. Cela peut également permettre à chacun de repérer quel rôle professionnel il souhaite pouvoir jouer (pour agir sur quoi ?) dans ces transformations rapides et profondes.
L’accompagnement peut aussi partir du vécu du travail actuel – fatigue, perte de sens, tensions éthiques, contraintes matérielles. Ces expériences constituent souvent des portes d’entrée vers une réflexion critique sur les représentations dominantes du travail (performance, compétition, productivité infinie) et sur leurs limites pour la santé, la justice sociale et le vivant.
On peut ensuite introduire, de manière douce et non prescriptive, des critères de soutenabilité dans la hiérarchisation des choix, pour élargir la perspective purement individuelle (valeurs, aspirations, compétences) : impact environnemental du secteur, valeurs de l’employeur, conditions de travail, utilité sociale. Il s’agit d’ouvrir un angle supplémentaire que la personne demeure libre de prioriser – ou non.
Une démarche d’accompagnement soutenable peut s’appuyer sur le développement des imaginaires, voire de la pensée utopique, non pas un rêve inaccessible, mais un moteur narratif. Imaginer un futur souhaitable (« À quoi ressemblerait votre métier dans un monde plus juste et soutenable ? ») élargit la vision, renforce la motivation éthique et permet de co-construire avec la personne des voies vers un avenir désirable.
Pour aller plus loin:
