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Techniques : animer une réflexion ni culpabilisante ni angoissante

2 min de lecture

Préambule : si l’on peut s’accorder sur la nécessité d’adapter le processus d’accompagnement à la situation de la personne, les éléments objectifs (données factuelles sur les enjeux planétaires et les risques sur l’habitabilité du monde) ne sont pas simples à mettre en discussion. Les effets sur les personnes sont bien documentés : déni, sentiment d’impuissance, culpabilité, anxiété. De très nombreux travaux insistent sur le poids des facteurs humains notamment des biais cognitifs. On peut aussi appréhender cette question de manière plus large en ne surestimant pas ces biais individuels. “L’effondrement écologique ne peut se comprendre sans faire l’analyse des sociétés qui y contribuent et qui exacerbent nos biais individuels.” développent plusieurs chercheurs dans cet article. Et ils rajoutent : “Tout cela montre que l’effondrement écologique actuel est davantage la conséquence d’arrangements sociopolitiques que de biais cognitifs individuels qui nous pousseraient naturellement à détruire les écosystèmes. Il nous faut sortir de cette vision et agir sur les causes systémiques qui produisent l’inaction.”. Cela amène à ne pas isoler la réflexion individuelle des écosystèmes et des histoires dans lesquels elle s’inscrit. En conséquence, on peut chercher à construire des dispositifs individuels et collectifs qui tiennent compte et anticipent ces confusions et difficultés.

En s’appuyant peut-être sur quelques vérités clés qui dépassent la simple réflexion individuelle culpabilisante ou moralisatrice :

  1. le changement climatique existe ;
  2. il est créé par nos sociétés industrielles ;
  3. il existe un consensus scientifique ;
  4. il a des conséquences graves sur l’humanité et la biodiversité ;
  5. la majorité des personnes en sont inquiètes et veulent agir ;
  6. enfin, des actions efficaces existent.

On peut bien sûr, dans le point 1, aller au delà du seul changement climatique en faisant, par exemple, référence aux différentes limites planétaires (Modèle du DONUT. Mais le risque est toujours de complexifier le message et d’augmenter le sentiment d’impuissance. Cela dépend du public auquel on s’adresse mais également de son niveau de sensibilisation à ces questions.

Nous présentons plus loin différentes techniques pour aborder le sujet en entretien individuel (point 3-3) en choisissant des entrées différentes (travail, valeurs, imaginaires…). En ce qui concerne des modalités spécifiques (ateliers collectifs par exemple), certains principes pédagogiques peuvent être aidants pour construire des interventions à visée de sensibilisation ou d’aide à l’orientation. Mais plus largement à faciliter la construction de récits alternatifs, antidotes aux dystopies déprimantes. Et plus largement à co construire des points de repère mobilisateurs pour que la réflexion puisse aussi déboucher sur des possibilités/initiatives immédiates.

En s’inspirant des différentes fresques développées depuis plus de 10 ans (fresque du climat pour une des premières), on cherche à mettre en œuvre des processus d’intelligence collective par des approches ludiques et collaboratives. On évite de transmettre des savoirs de manière descendante pour faciliter la délibération, la co construction dans le cadre d’expériences à vivre où les participants sont acteurs et contributeurs.

Les supports, objets des échanges (cartes, images projetées, schémas…) peuvent être des données objectives (chiffres, pourcentages…), des photographies ou tout support visuel ; des récits de parcours ou de vies professionnelles ; des récits d’expériences collectives…. en somme tous supports qui stimulent la réflexion et qui visent à faciliter la compréhension des enjeux et à repérer les leviers décisifs à actionner.

Ils cherchent à :

  • Favoriser la sensibilisation aux impacts du travail (prendre conscience des processus en cours, identifier les facteurs en cause, ..) ;
  • Repérer des leviers d’action individuels et collectifs et leur niveau d’importance et d’impacts ;
  • Co-construire des récits d’avenir soutenables en travaillant collectivement sur des visions du futur (littéracie du futur) ;
  • Esquisser et planifier des actions individuelles et collectives…

En résumé, faire du travail d’accompagnement un espace de réflexivité et de facilitation, mais aussi d’expérience et de créativité en s’affranchissant, autant que faire se peut de démarches alarmistes et moralisatrices, dont on connaît aujourd’hui les effets tétanisants. Mais peut être aussi en focalisant les interventions sur ce qui existe déjà et produit des impacts à tous les échelons géographiques. Et en valorisant des initiatives tant individuelles et collectives sur des sujets mobilisateurs sur lesquelles les groupes pourraient s’accorder voire s’engager.