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Métiers “verts”, RSE, modèles économiques alternatifs

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Sur le plan statistique, le cadre français distingue deux périmètres d’analyse de l’emploi dans l’économie verte. Le premier recouvre les éco-activités (activités dont la finalité première est la protection de l’environnement ou la gestion durable des ressources naturelles, retenu comme référence par Eurostat pour les comparaisons internationales) et les activités dites « périphériques », qui agissent en faveur d’une meilleure qualité environnementale sans que ce soit leur objet principal (transports en commun, gestion des espaces verts, notamment). En 2021, les activités de l’économie verte mobilisaient près de 1,2 million d’emplois en équivalent temps plein (ETP), soit 4,2 % de l’emploi total national. Les éco-activités regroupaient 64 % de ces emplois, soit 745 600 ETP (2,7 % de l’emploi total), tandis que les activités périphériques représentent 422 100 ETP, soit 1,5 % de l’emploi total. La dynamique est significative : entre 2004 et 2021, l’emploi dans les éco-activités s’est accru de 86 %, contre +12 % pour l’emploi total national, porté notamment par l’agriculture biologique et les énergies renouvelables.

Le second périmètre est celui des métiers. Les métiers « verts » sont ceux dont la finalité et/ou les compétences mobilisées contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser ou corriger les impacts négatifs sur l’environnement (agent d’entretien des espaces naturels, technicien chargé de la police de l’eau…). Les métiers « verdissants » sont ceux dont la finalité n’est pas environnementale, mais qui intègrent de nouvelles compétences pour prendre en compte de façon significative la dimension environnementale dans le geste professionnel (architecte, poseur en isolation thermique, responsable logistique…). Ces deux catégories sont identifiées par des experts dans le répertoire opérationnel des métiers (ROME – voir le Métierscope) et dans la nomenclature des PCS. Cette seconde catégorie est par nature extensible, sa liste ayant vocation à s’élargir à mesure que la transition écologique transforme les pratiques professionnelles. Le marché du travail sur ces métiers est sous tension : en 2022, la part des recrutements jugés difficiles atteint 66,5 % sur l’ensemble des métiers de l’économie verte, contre 57,9 % pour l’ensemble des métiers.

De ce point de vue pragmatique, et au vu de ces évolutions, la connaissance du paysage des éco-activités, des métiers verts et verdissants, ainsi que des dynamiques du marché du travail associées, constitue désormais une composante à part entière des compétences professionnelles des acteurs de l’accompagnement. Savoir situer une trajectoire professionnelle dans le contexte de la transition écologique, identifier les secteurs en tension, les qualifications émergentes ou les reconversions possibles : cela relève d’une information sur le monde du travail que tout·e professionnel·le de l’orientation ou de l’accompagnement se doit de maîtriser, au même titre que la connaissance des filières de formation ou des bassins d’emploi.

Néanmoins, il y a plusieurs risques à considérer. Le premier renvoie à une polarisation sur des métiers “dits verts” alors que le réel est plus complexe et que de nombreux métiers sont plus ou moins soutenables en fonction du contexte d’exercice. Sur ce plan, l’approche par les situations de travail réelles peut être plus fécond. Par ailleurs, il y a un deuxième risque lié à une centration exclusive sur la personne sans prendre en compte les contextes d’exercice. On peut aussi (et c’est de plus en plus souvent le cas) choisir un emploi en fonction de l’entreprise (RSE, mode de gouvernance, type de production…). On peut donc élargir la green guidance à la question des entreprises et des environnements de travail et de leur responsabilité. Ce n’est pas uniquement la question des métiers émergents ou transformés qui apparaît mais un aspect plus général où l’activité de travail n’est pas dissociée de ses impacts sur l’habitabilité au sens large (bilan carbone, destruction de la biosphère, impacts environnementaux) et qui s’intéresse également aux organisations et aux conditions de travail quotidiennes (impact social).  Cela peut évidemment renvoyer à des choix de métiers et à des contenus d’activités mais cela ouvre à d’autres critères notamment le choix du contexte d’exercice de ce travail : en somme, on se focalise sur l’entreprise à la fois dans sa finalité, son organisation, la manière dont elle valorise ou pas les questions de soutenabilité à l’interne sur tous les plans : nature des services, relations clients, modalités d’approvisionnement, type d’énergie utilisée, attention aux situations de travail… Cela renvoie bien sûr à des questions écologiques mais également à des enjeux de justice sociale ou de conditions de travail. Sur ce plan, les démarches de RSE, quelles qu’en soient les limites ou dérives, vont dans ce sens et montrent bien l’importance d’une lecture systémique des processus à l’œuvre.

Il faut par ailleurs souligner que les métiers exclusivement « verts » demeurent aujourd’hui relativement peu nombreux sur le marché de l’emploi ordinaire et ne concernent qu’une part limitée des actifs en recherche d’orientation ou de reconversion. Réduire la green guidance à la seule information sur ces métiers, ou à l’accompagnement vers des reconversions dans ces métiers, serait donc à la fois insuffisant et réducteur. La question posée à l’accompagnement n’est alors pas seulement « vers quels métiers verts orienter ? » mais « comment aider les personnes à contribuer activement à la transition sociale et écologique depuis le poste qu’elles occupent ou qu’elles visent ? ». Cela suppose un déplacement du regard vers une réflexion sur la manière dont n’importe quelle activité professionnelle peut s’exercer de façon plus soutenable – vers l’écologisation du travail.

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